Le ballet incessant des ouvriers et des tavernières me donnait le tournis, cet auberge était sans dessus dessous, foutu tempête de neige. Être mage et n'avoir aucun pouvoir de décisions, était loin de me plaire, ça m'agaçait même prodigieusement, mais pour tout ce qui touchait aux devoirs, toute réticente que j'étais, je devais bien me plier à certaines règles, pourtant je refusais de traverser la cuisine pour me rendre compte des dégâts. La salle principale avait été complètement réaménagée, faute de place, j'avais déjà vu des malles remplis d'oreiller et de couvertures traverser mon refuge temporaire. Un endroit remplit d'ordinaire si calme et si reposant transformer en rassemblement de gamin braillard et de femme scandalisé. Oh par les douze... j'allais être malade.
Pour tout les autres employés l'heure était à la camaraderie, les voyageurs n'étaient pas nombreux dans c'est villages reculer du nord, les badauds n'aimaient pas s'aventurer loin des routes principales et il n'y avait rien de mieux qu'une bonne tempête de neige pour attiré la clientèle. Qu'elle soit originaire du village, ou pas. Certes je n'étais en aucun cas obligé d'accepter cette mission qui m'envoyait à l'autre bout du pays, mais je ne supportais plus mon inactivité. Oui, sur ce coup là je ne pouvais m'en prendre qu'à moi même.
Découpant avec soin les légumes étaler sur le plan de travail, j'ignorais volontairement les allés et venus des autres commis qui effectuaient des allés/retour depuis une bonne demi-heure. Je n'avais vraiment aucune envie de voir à quel point la salle était rempli par les clients fraichement débarquer, et j'avais bien assez de mal pour couper mes carottes en «fines lamelles». Mon caractère asocial ressortait dans ce genre de situation, certains me trouvaient sinistre, je ne prenais jamais la peine de les démentir. Je ne souhaitais pas m'attacher.
Je jetais les épluchures dans un sac poubelle et m'étirais en poussant un soupir las. Mon Dieu, à ce rythme là je ne tiendrais jamais jusqu'à la fin de la journée. Tout ce beau monde me tapait déjà sur les nerfs! Un sale sourire étira mes lèvres, glacial et charger de tout l'agacement que ce genre de situation pouvait me procurer.
Fière d'avoir mener à terme ma corvée culinaire, je me décollais de mon tabouret de mauvaise grâce, avançant vers le centre de la pièce, saladier en main. Bien sûr mon boulot consistait aussi à interagir avec tact et douceur avec mes employeurs. Une cause perdue si vous vouliez mon avis.
«_ J'ai fini éplucher les légumes, dis je en posant mon fardeau. Que dois je faire ensuite?
_ Ah,vas donc donner un coup de main au petit Ryu. Le pauvre ne sait plus où donner de la tête!»
J'arquais un sourcil sarcastique tout en levant mon visage vers celui de mon interlocuteur. Perdu dans la préparation de ce qui me semblait être une soupe – à moins que ça soit de l'eau sale-, celui ne faisait déjà plus attention à moi. Mais avais-je l'air de connaître un quelconque Ryu?
«_Sincèrement navré de vous déranger une fois de plus. Mais qui est Ryu?
_ Ryu c'est le petit brun qui prépare les nouilles dans le fond. Il n'est pas très loquasse mais il travail dur. Allez courage gamine, la pause n'est pas bien loin!»
Ce n'est pas pour une stupide pause que je m'inquiétais mais ma santé mentale. J'en avais marre d'être rajeunit à cause de ma petite taille!
«Merci beaucoup.»
Je pris congé, un sourire des plus hypocrites plaqué sur mon visage. Je tournais les talons, empruntant la direction indiqué sans chercher à prendre part à la frénésie qui agitait le reste des employés. Force était de constater à quel point j'étais en décalage par rapport au reste de l'équipe. J'avais beau accomplir mon travail dans les temps, et ce sans me plaindre de vive voix; j'évitais malgré tout de me presser pour ne pas m'épuiser inutilement. A contrario, les autres employés se donnaient à fond, courraient partout, braillaient sans cesse, sans vraiment se démarquer les uns des autres. En clair, à part me casser les oreilles depuis mon arrivé dans le service, ils ne faisaient pas grand chose.
C'est en parti pour cela que je n'eus pas de mal à reconnaître le dénommer Ryu. Il était un point sombre sur une nappe blanche, une bulle de silence au milieu de la salle en effervescence. Il aurait dû être reconnaissant de me voir arriver vu le nombre de nouille qu'il lui restait à préparer. Hors reconnaissant, il n'en avait pas l'air. En vérité, il ne semblait pas pouvoir exprimer autre chose qu'un détachement profond. On pouvait le remarquer de part sa façon de se mouvoir ou de me regarder.
La simple idée d'avoir trouver plus insondable que moi me tira une grimace douloureuse. Ma nouvelle fonction promettait d'être tout sauf reposante.
«_Ryu c'est cela?
_ Ryuzaki, dit il sans m'accorder un regard. As-tu déjà préparé des nouilles?
_ Non.
_ Cuisiner un accompagnement?
_ Non.
_ Pétrit correctement la pâte?
_ Non.
_ Alors que fais-tu prêt de moi?»
Quel charmant personnage.
«_ Je n'ai pas eu mon mot à dire. On m'a envoyé pour t’aider. Point.
_ En clair, il fallait quelqu'un pour te surveiller.»
Je fronçais le sourcil et comptais mentalement jusqu'à dix pour ne pas m'énerver. Certains disent que cette méthode à des vertus apaisante. Personnellement, je trouve qu'elle ne sert pas à grand chose. Sauf à me porter encore plus sur les nerfs.
«_ Je n'ai pas besoin d'être surveiller, ma bouche se tordit dans un rictus méprisant. Et j'ai au moins le mérite d'être polie.
_ Charmant état d'esprit. Ton nom.
[color:1c5a=[color=rosybrown]]_ Sayuri Shinai.
_ Ryu Miura.
_ Absolument charmée, dis je d'une voix sarcastique en grimpant sur un tabouret.»
Il haussa les épaules et me désigna les casseroles fumantes du menton.
«_ Espérant que tes mains soient aussi agile que ta langue. Remue les nouilles et par pitié ne les laisses pas se ramollir.
_ Hum.»
Je m'exécutais sans rien ajouter. Je ne m'y connaissais pas en cuisine. Mes compétences se limitent au bol de riz et aux fruits épluchés. Enfin, comme on dit, il y a une première fois à tout.
«_ Tu n'es pas assez énergétique. Inutile de prétendre vouloir m'aider si tu es incapable de touiller une casserole de nouille.»
Je lui jetais un regard torve. Je comprenais mieux pourquoi personne n'avait prit la peine de venir l'aider.
«_ Es tu conscient de réduire de façon irréversible le peu de patience que je possède?
_ Si tu le dis.»
Je comptais jusqu'à dix dans l'espoir de me calmer. Sans succès. Peut être qu'en montons jusqu'à cent...
Je le vis sourire du coin de l'œil mais ne cherchais pas à comprendre. Ma mission se finissait dans une heure, une malheureuse petite heure. Je pouvais bien tenir... n'est ce pas?
«_Tu es amusante Shinai»
Soupir exaspérer.
«_Et toi complètement taré.»
Son sourire s'accentua légèrement et il reprit son activité. Putain de schizophrène...
«Pourquoi t'être présenté dans notre auberge si c'est pour jouer les martyres.»
J'éteignis le feu et m'accoudais au plan de travail, le regard rivé sur son visage placide, mais intéresser.
«Que me vaux toute cette attention Ryuzaki?
_ Je dois laisser reposer la pâte pendant quinze minutes.
_ Hum... j'ai accepté cette mission par ce que je n'aime pas rester sans rien faire. Et c'était la seule mission en solitaire. Sincèrement navré de t'importuné.
_ Mon confort t'intéresse autant que le tiens m'intéresse.
_ C'est vraie, acquiesçais je en esquissant un semblant de sourire.»
Il se détourna et reprit sa tâche. Je fis de même et aucun de nous ne chercha à aborder l'autre de nouveau. Ryuzaki ne se sentait pas obliger d'entretenir une conversation. Lui aussi semblait avoir prit l'habitude de se murer dans le silence.